Le Mas d’Illins




Pour dépasser les difficultés que rencontrent les éleveurs, une solution existe : la conversion de l’exploitation en bio. C’est celle qu’a choisi un couple d’éleveurs de Luzinay,  Laurence et Jerôme Laval. Cela n’a certes pas été facile, mais à l’arrivée, ils sont loin de regretter ce basculement qui leur a été très bénéfique, même s’il a demandé deux années de transition, facilitée par une aide de l’Etat.

Ce sont les parents de Jérôme qui ont créé cet élevage qui était alors traditionnel. Un élevage de cent vaches repris par le couple à la retraite de ses créateurs.

« Cela faisait longtemps que nous voulions passer en bio par conviction », explique Laurence Laval. « Mais il nous fallait un débouché pour que nous puissions vendre notre lait », précise-t-elle.

L’opportunité se fait jour lorsque la coopérative Sodiaal décide de créer une ligne de production de lait bio.

Le domaine est ainsi passé en bio à l’automne 2017.

Un grand changement pour ce domaine qui se partage en 90 hectares de pâturages et 30 de cultures utilisées pour nourrir les bovins (en l’occurrence, à l’origine : du maïs).

Le maïs n’est pas adapté au bio car il demande pour nourrir les vaches, des compléments importants en termes d’azote.

Il a donc fallu que Laurence et Jérôme abandonnent la culture du maïs pour passer à la vesce, une légumineuse associée au seigle notamment et aux pois. Les graminées servent de tuteur au pois et à la vesce, l’ensemble étant très dense, ce qui élimine naturellement les mauvaises herbes. Et donc permet d’éviter les traitements phytosanitaires…

En complément, encore nécessaire mais en bien moindre quantité, le couple d’éleveurs donne à son troupeau du soja isérois, non OGM, fourni par la Coopérative Dauphinoise.

Ce passage au bio les a aussi amenés à faire évoluer leur troupeau : « Nous avons fait le choix de croiser différents types de vaches, des Prim’Hosltein, des Monbéliardes, des Brunes des Alpes pour introduire de la rusticité au sein du troupeau », explique Laurence.

Ils le savaient et l’avaient anticipé : la conséquence du passage au bio est une baisse de rendement : un millier de litres de moins par an et par vache.

En revanche, le fait que les bêtes produisent moins « fait en sorte qu’elles sont en meilleure santé et tombent moins souvent malades, car là aussi notre cahier des charges nous empêche d’utiliser les antibiotiques, hors nécessité absolue », explique Laurence.

Mais à l’arrivée, le couple s’y retrouve largement. Une tonne de lait conventionnel est achetée à 310 euros actuellement par Sodiaal, contre 450 euros la tonne de lait bio. « De surcroît, vu la forte demande, le prix du lait bio est plus stable que celui du lait conventionnel », précise l’agricultrice.

Ils vendent ainsi 650 000 litres à la coopérative et écoulent une petite partie de leur production, en l’occurrence 30 000 litres, eux-mêmes par la vente directe : sur place, le transformant en fromage blanc, mais aussi en vendant le reste à des restaurants et à des épiceries.

Un modèle économique qui leur permet de faire travailler deux salariés, mais aussi très important pour l’équilibre de vie, de faire un break un week-end sur quatre et des congés de temps à autre. Les vaches ont besoin de deux traites par jour, sept jours sur sept…

Bref, une conversion bio réussie en tout point, susceptible de servir d’exemple à d’autres éleveurs.

Néanmoins, cette histoire exemplaire souffre d’un petit bémol : Laurence et Jérôme Laval vendent bien leur lait à Sodiaal, mais celui-ci prend la direction de la Talaudière près de Saint Etienne et non celui d’Estressin à Vienne où est aussi implantée la coopérative.

L’usine Sodiaal d’Estressin n’a pas encore suffisamment de contrats avec les producteurs de lait bio de la région viennoise ou des environs, pour faire tourner une ligne de fabrication spécifique, pourtant en projet.

Avis aux éleveurs : il ne reste plus qu’à souhaiter que Laurence et Jérôme Laval fassent désormais quelques émules…



Coordonnées :


Chemin de Revou Bayard, 38200 Luzinay.

04 74 57 98 62